Le drame des mères célibataires marocaines

Publié le par ESPACERDA

 

Le drame des mères célibataires marocaines

 

Dans la société marocaine où coutumes et traditions demeurent vivaces, le problème de s mères célibataires obligées de fuir leur famille par peur du scandale et de la honte est un sujet tabou. Une étude sur leurs conditions de vie, réalisée entre avril et décembre 2010 par l’ Institut national de solidarité avec les femmes en détresse (INSAF) et soutenue par le Bureau du fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) pour l’Afrique du Nord, basé au Maroc, a été rendue publique au début du mois de mai.

Il s’agit d’un phénomène loin d’être marginal rapporte l’hebdomadaire Tel Quel qui pointe le nombre des naissances hors mariage. En 2009, 27 199 mères ont ainsi donné la vie, soit 153 enfants nés chaque jour, ce qui représente 4% des naissances. 61% des mères célibataires ont moins de 26 ans, 56% d’entre elles sont des travailleuses saisonnières et 29% sont sans profession. Promesses de mariages non tenues, viol, inceste en sont quelques uns des facteurs.

Le profil des mères célibataires « révèle un faible niveau d’instruction conjugué à une situation économique et sociale très fragile », ce qui explique l’engrenage dans lequel celles-ci se font prendre : souvent récidivistes, 21% d’entre elles élèvent de 3 et 6 enfants.





La mère célibataire marocaine n’a aucun statut juridique. Le code pénal sanctionne l’adultère et les relations sexuelles hors mariage. Or, seules les femmes sont passibles de poursuites puisqu’il suffit à l’homme de nier les faits pour échapper aux sanctions. Quant au code de la famille, la « Moudawana« , il interdit la reconnaissance de paternité par l’analyse de l’ADN.

 

Ce code de la famille, réforme phare du début du règne de Mohammed VI entré en vigueur en février 2004, consacre l’égalité homme femme au sein de la famille. Malheureusement, loin d’être entré dans les faits, il divise toujours les Marocains et ne fait aucun cas des mères célibataires puisque celles-ci ne peuvent donner leur nom à leur enfant qu’à la condition que leur père ou leurs frères ne s’y opposent pas. Le code de la famille ne reconnaît en outre pas la filiation paternelle, un enfant illégitime ne doit pas avoir de lien avec son père .

En quelques années toutefois,  »le grand Casablanca est devenu un hâvre de paix pour les mères célibataires », note l’hebdomadaire qui souligne le travail accompli par l’INSAF. L’Institut assure en effet non seulement l’anonymat mais la possibilité de trouver un travail ou de suivre une formation, à celles qui s’adressent à lui.

Anne Collet

Spécialiste de l'Afrique et des sujets sur les femmes.

Ancienne journaliste de l'hebdomadaire Courrier international.



Source : Slate Afrique

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Publié dans Afrique

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