Sommet européen : "Les intérêts des Etats membres dominent la plupart du temps les intérêts européens"

Publié le par ESPACERDA

 

Sommet européen : "Les intérêts des Etats membres dominent la plupart du temps les intérêts européens"

 

La chancelière allemande Angela Merkel avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, le 10 juin 2010.

La chancelière allemande Angela Merkel avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, le 10 juin 2010.REUTERS/THOMAS PETER


 

Alors que les dirigeants européens se réunissent, jeudi 21 juillet, pour tenter de mettre sur pied un nouveau plan d'aide en faveur de la Grèce, l'économiste Iain Begg, spécialiste de la zone euro et des politiques fiscales de l'Union européenne à la London School of Economics (LSE), estime que la monnaie unique n'est pas en danger, même si l'Europe politique est au point mort.


Milton Friedman avait-il raison : la monnaie unique va-t-elle disparaître avec sa première crise sérieuse ?


Je ne suis pas du tout d'accord avec Friedman. Je ne pense pas que l'euro soit en danger, même si toutes les décisions ne sont pas prises demain [jeudi 21 juillet]. Pour moi, l'euro fait partie de la solution et n'est pas à l'origine du problème. Le scénario d'une sortie de l'euro de la Grèce est une fantaisie. Cela entraînerait des problèmes énormes pour les pays membres de l'union monétaire et pour les autres. L'Europe a trop investi dans ce projet. L'Allemagne, notamment, a beaucoup investi et pour les exportateurs allemands, l'éclatement de la zone euro serait un désastre. Ils dépendent des marchés qu'ils trouvent en France et dans les autres pays actuellement touchés par la crise.

 

L'euro peut-il toutefois continuer à exister sans réformer en profondeur les institutions ?


L'Union européenne essaie de le faire. Elle travaille depuis un an sur six propositions législatives de la Commission européenne pour réformer sa gouvernance économique. Donc beaucoup de choses devraient changer lorsque cette réforme sera adoptée et il faudra que l'UE se donne du temps pour voir si les nouveaux systèmes de résolution de crise vont améliorer le fonctionnement de l'euro. Ces réformes doivent mettre en place une politique de prévention de crise avec une surveillance des politiques macro-économiques des Etats membres. Elles doivent également créer un nouveau pacte pour éviter les déséquilibres macro-économiques. Et enfin, elles prévoient de demander à chaque pays d'instaurer des systèmes pour avoir des politiques budgétaires plus stables car il faut assainir les comptes publics.

 

Quelle forme pourrait prendre une plus grande intégration fiscale ?


Il y a trois pistes. D'abord une union des réglementations qui est en cours et que nous venons d'évoquer. La deuxième idée, c'est une union des liquidités. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) y ressemble puisque c'est une sorte de mise en commun de liquidités qui viennent des Etats membres et qui permet de fournir des aides en passant par la Banque centrale. Pour les Grecs ou les Irlandais qui ont des prêts qui viennent de la Banque centrale à des taux réduits, c'est quand même significatif.

 

La troisième idée, ce serait comme en Allemagne, des transferts entre pays membres, mais nous sommes très loin de ça. Il n'existe pas de solidarité européenne pour permettre que les contribuables allemands cotisent pour payer les salaires des fonctionnaires grecs. Cette forme d'union des transferts va bien au-delà de ce qu'on peut concevoir politiquement au niveau européen en ce moment. Je ne vois pas de volonté politique pour le faire dans les cinq ans qui viennent.

 

Certains estiment pourtant qu'il faudrait un ministre des finances européen ?


Oui et non. C'est vrai qu'il y a un manque de leadership au sein des institutions européennes sur les questions économiques. Nous avons à la fois Herman Van Rompuy [président du Conseil européen], Olli Rehn [commissaire européen aux affaires économiques et monétaires], Jean-Claude Juncker [président de l'Eurogroupe]. Cela fait trois personnes différentes qui président, d'une manière ou d'une autre, les questions économiques au niveau européen. Mais en même temps, nous avons le mauvais exemple de Catherine Ashton qui n'a pas eu les moyens de créer une politique européenne des affaires étrangères. Donc je me demande si les Etats membres sont prêts à donner des vrais pouvoirs à un soi-disant ministre des finances européen.

 

Plus que jamais, l'Europe politique est-elle en panne ?


Oui, tout à fait. Tout le monde le constate. Les intérêts des Etats membres dominent la plupart du temps les intérêts européens. Quand Angela Merkel essaie de trouver une solution pour l'UE, elle doit tenir compte des intérêts de son pays qui sont pour elle comme des vetos sur ce qu'elle peut faire au niveau européen. La montée des populismes en Europe impose également des limites sur ce qu'il est possible de faire. Il y a dans tous les pays des obstacles locaux qui empêchent les dirigeants de l'Union d'agir comme ils le voudraient peut-être.

 

Propos recueillis par Romain Brunet

 

Source : Le Monde

Publié dans Europe

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