160 millions d’euros pour la guerre en Libye, c’est cher ?

Publié le par ESPACERDA

 

160 millions d’euros pour la guerre en Libye, c’est cher ?

 

 

 

Si le Parti socialiste a voté ce mardi à l’Assemblée la poursuite des frappes en Libye, le socialiste Bernard Cazeneuve, secrétaire de la commission Défense à l’Assemblée, a exprimé ses réserves sur le coût du conflit.

 

 

Le député de la Manche a averti que les 630 millions d’euros budgétés pour les opérations extérieures en 2011 ne suffiraient pas et que les dépenses s’élèveront plutôt à un milliard d’euros.

Valérie Pécresse, nouvelle ministre du Budget, a déclaré au Journal du dimanche que la guerre avait coûté jusque-là 160 millions d’euros.

Comment calcule-t-on le prix d’une guerre ?

Huit cent soldats français sont mobilisés en Libye. La France fourni 29 aéronefs (Rafale, Mirage, ravitailleurs), un porte-avion, trois frégates, un pétrolier-ravitailleur, un sous-marin nucléaire.


Jean-Vincent Brisset, général de brigade aérienne et directeur de recherche à l’Iris, explique qu’en réalité, on ne calcule pas en terme de coût mais de surcoût : « On comptabilise ce qui est dépensé pour le conflit et qu’on ne dépenserait pas en temps normal. »


Dans le cas de la guerre en Libye – sans intervention au sol –, il faut additionner les vols, les munitions, l’entretien des équipements et les moyens logistiques. Dans la mobilisation du Charles-de-Gaulle, ce qui coûte cher n’est pas tant son déplacement – puisqu’il navigue habituellement pour son entretien – que son usure supplémentaire (il n’a pas droit aux pauses indispensables à son bon fonctionnement).


Le spécialiste précise : « Par exemple, si on casse un avion, s’il est perdu à cause d’une panne, on ne le compte pas forcément en surcoût. Il aurait été perdu statistiquement en temps d’entraînement. »

Dans un article sur le coût de la guerre en Libye, L’Expansion répartit ainsi les dépenses : 4,8 millions d’euros pour les Rafale et les Mirage ; 250 000 à 350 000 euros, le prix d’une bombe ; 50 000 euros, l’heure de fonctionnement pour le Charles-de-Gaulle. Jean-Vincent Brisset précise que les munitions de grande précision « pour éviter les dommages collatéraux » représentent le plus gros poste de dépenses.

Cette méthode de calcul – qui exclut les soldes des soldats et les heures de vol prévues pour les entraînements – est également celle qu’utilisent les pays engagés dans le conflit.


Qui contrôle ces dépenses ?

Les commissions des Finances du Sénat et de l’Assemblée nationale examinent le budget du ministère de la Défense, l’un des « plus transparents » du gouvernement selon Jean-Vincent Brisset, qui précise que « le bleu » (document budgétaire), bien qu’« indigeste avec tous ses tableaux Excel » permet aux armées de connaître leurs effectifs à un soldat près.


Bernard Cazeneuve souhaite un contrôle plus important des dépenses : « Nous demanderons peut-être des informations supplémentaires, une mission de contrôle si l’opération se prolonge. Mais nous n’en sommes pas là. Ce sont davantage les éléments diplomatiques qui nous semblent déterminants actuellement. »


Est-ce que la guerre en Libye est trop coûteuse ?

La première estimatation de Gérard Longuet (fin juin) tournait autour de 50 millions d’euros mais plus le conflit se prolonge, plus les dépenses augmentent pour atteindre désormais 160 millions d’euros. Prolongée jusqu’au 27 septembre par l’Otan, l’opération représentera plus de 200 millions d’euros estiment les spécialistes.


Trop chère la guerre en Libye ? « Ce n’est pas la question », répond Bernard Cazeneuve. Le député ne remet en cause ni le principe de cette guerre (« Il fallait sauver des milliers de vies ») ni la réalité de ces chiffres (« Une telle opération ne s’élève pas à des milliards ») mais s’inquiète pour son financement : « La question est de savoir si on peut payer. Il faudra financer ces 400 millions manquants. C’est un effort significatif or, on peut pas le financer avec le budget de la Défense qui fait déjà des économies. Il y aura un financement interministériel et cela, c’était prévisible. »


Interrogée à ce sujet par le JDD, Valérie Pécresse a invité à comparer le prix de l’intervention, 160 millions d’euros, aux 40 milliards d’euros de budget de la Défense : « Nous pouvons l’absorber. »

A titre de comparaison, le ministère de la Défense a prévu de consacrer 470 millions d’euros à l’Afghanistan pour 2011 où sont déployés 4 000 soldats. « C’est normal, ils sont au sol. Les surcoûts sont plus élevés. L’hébergement, les chars… » rappelle Jean-Vincent Brisset qui ne s’étonne que peu de la petite polémique autour du coût du conflit : « J’ai le souvenir de Jean-Michel Boucheron qui était à la commission des Finances à l’Assemblée nationale et de Xavier de Villepin qui lui était au Sénat. L’un était socialiste, pas l’autre, mais tous deux étaient d’accord pour dire que les politiques pilotaient les dépenses militaires comme des variables d’ajustement.


On fait toujours des économies sur le budget de la Défense en priorité. En gros, on leur dit : “Vous faites comme avant mais avec moins de moyens.” »


Et à l’étranger ?

Bernard Cazeneuve regrette que « 30 à 40% des moyens soient fournis par la France », force la plus engagée dans le conflit après les Etats-Unis qui ont déjà dépensé 500 millions d’euros : « Si l’Union européenne existait, la mutualisation devrait être plus forte. »


Le débat sur le coût, jugé trop élevé, de l’opération, a également lieu à l’étranger. Voir ce court extrait de la RTBF, sur les 20 millions d’euros engagés par la Belgique en Libye.


Source : Rue89

Publié dans Velaineries

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